La menace des vagues

La mer bruyante menace, avance, mange la terre. Elle a été blessée, l’homme s’en est éloigné. Le lien entre Mami Wata, divinité vaudou de la mer et les pêcheurs qui vivent sur les côtes a été rompu. Chaque année, le Bénin perd 4 mètres de terre sur 60% de son littoral. Ce pays d’Afrique de l’Ouest occupe la 15ème place mondiale du palmarès des pays souffrant le plus des changements climatiques.

En Afrique de l’Ouest en 2017, la dégradation des côtes a coûté 3,8 milliards de dollars (5,3% du PIB) et que les impacts du changement climatique sur la région ont causé la mort de plus de 13 000 personnes. L’érosion côtière affecte le Bénin depuis des décennies. Mais avec les dérèglements climatiques, si rien n’est fait, la ville de Cotonou fait partie des dix villes au monde dont la superficie se retrouvera sous les eaux d’ici la fin du siècle, selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et le Climate Impact Lab (CIL).

Depuis 2018, à Hillacondji et Cotonou, ré-ensablement, épis et plantations de cocotiers sur la plage repoussent l’érosion grâce au projet WACA, de gestion de la côte Ouest Africaine. Mais entre ces grands travaux, à Grand-Popo, Djondji, Sémé-Okun, la plage est menacée, des maisons sont rayées de la carte, les habitants reculent au gré de la montée des eaux. À Avloh, la population est affectée par les inondations liées aux pluies, aux crues annuelles qui perdent leur régularité à cause des dérèglements climatiques, mais aussi par l’érosion côtière, qui laisse une bande d’à peine 50 mètres de plage par endroits. Au lac Nokoué, habité par des populations lacustres, les écosystèmes dont dépendent les pêcheurs sont affectés par les changements des rythmes des pluies et par la montée du niveau de la mer. La hausse des températures en surface et l’acidification des océans affecte la pêche, déjà impactée par la surpêche chinoise au large de l’Afrique de l’Ouest. Des estimations disent que les prises pourraient diminuer jusqu’à 25% sur le continent Africain d’ici 2050. Au Bénin, la production halieutique représente 600 000 emplois directs ou indirects, aujourd’hui vulnérables. À Topklegbe, à l’est de Cotonou, la plage est frappée par des vagues et l’érosion amplifiée par la construction du port. Des constructions de pierre tentent de défendre cet écosystème, lieu de ponte des tortues géantes qui s’en retrouvent chassées.

« Nous sommes ici enfermés dans notre silence. Les désastres écologiques, on ne peut pas en parler, » déplore Mathias Adamenou, chef tradtitionnel.

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