Lagos sous les eaux
Début août, Lagos a subit des averses qui ont submergé des quartiers entiers, « Partez maintenant » a ordonné Adetokunbo Wahab, commissaire chargé de l’environnement pour la mégalopole. « Lagos sera exposée aux aléas du changement climatique et connaîtra des inondations soudaines, » prévient-t’il, dans une annonce relayée sur les médias locaux.
Je suis allée à la rencontre des personnes inondées, leur posant une question simple : quel objet détruit par les inondations comptait le plus à leurs yeux ? Leurs réponses dessinent le portrait intime d’une précarité amplifiée par les changements climatiques.
Dans les embouteillages où klaxonnent les SUV rutilants de l’élite, coincés entre les camions bringuebalants, le ballet des mobylettes et une foule de bus et de voitures aux conducteurs éreintés, on prend la mesure de la mégalopole : plus de 20 millions d’habitants qui font d’elle la troisième ville d’Afrique, en constante expansion, à l’urbanisation effrénée, inégalitaire et chaotique.
La pression immobilière est telle qu’une partie de la surface de Lagos s’est bâtie sur des terrains ensablées, repris artificiellement aux eaux. Avec la majorité des constructions situées à moins de 2m au-dessus du niveau actuel de la mer, près de 70% de la mégalopole est située en zones humides ou a risque d’inondations selon l’agence de développement FSDAfrica. Chaque année, la ville s’affaisse d’environ 80mm. Pourtant la ville ne manque pas de logement au sec. Le problème, c’est leur prix. Les terrains hors risque sont inaccessibles à la majorité. Alors on survit derrière des murs de sacs de sable, en traversant des passerelles de planches mal équarries. « Les lieux qui ne sont pas inondés sont trop chers, » soupire Yotsunde, une vendeuse qui, menacéee par les pluies et les marées, doit abandonner sa maison chaque autonme pour se réfugier avec ses enfants chez sa mère. « Je voudrais quitter cette zone pour toujours. » Mais pour allez où ? Selon un rapport de l’ONU, avec les changements climatiques, les risques d’inondations à Lagos pourraient doubler, et la moitié de la ville serait menacée d’être submergée d’ici 2100.
« Les inondations combinent des causes naturelles — pluies plus intenses, élévation du niveau de la mer — et humaines : mauvaise planification urbaine, systèmes de drainage insuffisants et obstrués, trop de surfaces bétonnées provoquant des débordements lors de pluies extrêmes, » explique Taiwo Ogunwumi, consultant en risques d’inondation, qui a contribué au rapport. « Ces facteurs rendent la ville incapable de résister à l’aggravation du changement climatique. »
Déjà en 2022, le coût économique annuel des inondations est estimé à 3,4 milliards d’euros, posant la question de l’adaptation. Comment la capitale économique nigérianne peut-elle faire face à une augmentation effrénée de population couplée à une perte de terrains habitables?